Olivia Berthelot ou l’avant-gardiste du kimono

Olivia Berthelot, la fondatrice de la maison Tremblepierre, est une artiste dans l’âme. Voyageant entre Paris et Beyrouth, elle trouve son inspiration dans ce qui l’entoure. C’est dans son atelier que nous nous sommes rencontrées. Durant cet entretien, on apprend, qu’elle a travaillé pour de grandes marques, d’où lui est venu le nom de sa marque, pourquoi a-t-elle choisi le kimono comme pièce phare et ce qui la lie à AFFAIRES ÉTRANGÈRES.

« Qui est Olivia Berthelot ?

C’est moi (rires). Je suis la créatrice de la marque Tremblepierre. J’ai une formation de styliste-modéliste. J’ai débuté ma carrière en travaillant beaucoup en freelance, pour des maisons traditionnelles comme Stéphane Rolland par exemple. J’ai travaillé sur des pièces d’exception pour des princesses du Moyen-Orient. J’ai beaucoup voyagé au cours de ma carrière, cela fut intéressant de rencontrer des clientes comme ça. En parallèle, j’ai travaillé pour des créateurs plus avant-gardistes, plus innovants comme Marine Serre ou la marque « Vêtements ». Je travaillais surtout sur l’avant défilé.

Pourquoi donner ce nom à votre marque ?

C’est un peu bizarre. J’ai beaucoup de choses à dire. À la base, c’est un mot qui n’existe pas, que j’ai créé il y a longtemps, quand j’avais 17 ans. C’est un peu comme un nom de famille adoptif. Il n’a pas de sens en soi mais pour moi, il résonnait comme un mot mystérieux, assez chic et classe. Tremblepierre représente le côté tellurique et magique des pierres en Bretagne.

Pourquoi choisir le kimono comme pièce phare ?

Parce que ça a toujours été une pièce un peu fétiche pour moi. J’en ai toujours eu des vintages dans ma garde-robe, que je ne portais pas forcément mais que je trouvais beaux. Je voulais partir d’un vêtement traditionnel qui a une histoire, qui existe déjà. Je ne voulais pas partir de rien. Le kimono a une richesse culturelle et historique mais, je m’ouvre à d’autres pièces comme le caftan, qui intègre les collections. Avant de travailler dans la mode, j’ai commencé par étudier le costume. J’avais fait des stages à l’Opéra, dans des compagnies de théâtre. Pendant longtemps, ça a été compliqué de choisir entre la mode et le costume. Le kimono pour monter ma marque c’est un peu un clin d’œil au costume, au vêtement traditionnel. Finalement, c’est un stage pour un défilé de haute couture qui m’a décidé. Ce sont deux manières de créer complètement différentes. La mode est plus technique, plus pointue avec un travail de la coupe. Le costume, c’est plus de la recherche historique, mais c’est moins pointu que de faire des collections. J’ai choisi le kimono comme pièce phare mais paradoxalement, je ne suis jamais allée au Japon.

Quelles-sont vos sources d’inspiration ?

Le voyage (spontanément). Le fait de voyager me fait prendre du recul, me donne des idées pour créer de nouvelles choses qui apparaissent dans le champ de la vision et des sens. L’artisanat du monde m’inspire pas mal, tout ce qui est broderies, teintures, le fait de voir les artisans travailler me donne des idées. Le mélange des cultures est assez intéressant. En ce moment, c’est le Liban qui m’inspire beaucoup, les femmes du Liban, certaines femmes en particulier, des femmes que je croise dans la rue par exemple. Et sinon c’est assez spontané, ça va dépendre. Je vais aller à une expo, je vais avoir plein d’idées en voyant les couleurs qui vont me donner envie de créer une robe avec plein de couleurs par exemple. Le domaine artistique m’inspire. Comme par exemple un vêtement vu au cinéma que j’ai peut-être envie de revoir autrement.

Votre marque est « labellisée à Paris », qu’est-ce que cela change par rapport à une maison non labellisée ? Et pour les clients ?

C’est une reconnaissance par rapport à une institution. Qu’est-ce que ça change ? Pas grand chose en fin de compte. Pour le client, il y a un savoir-faire parisien reconnu, tout le monde connaît à travers la mode. Le côté perpétué, le savoir-faire, l’artisanat non loin de chez soi, créer à la main, limiter le coût des transports.

Vos kimonos sont-ils unisexes ? Si non, est-ce dans vos projets ?

J’ai essayé dès le départ de faire une gamme unisexe mais je retombe toujours sur la femme. Mes kimonos ne sont pas créés pour les hommes mais peuvent être portés par des hommes. Et j’ai d’ailleurs beaucoup d’hommes qui viennent lors d’évènements me demander des kimonos et qui aiment des pièces qui, à la base ne sont pas créées pour eux. C’est prévu peut-être de faire une vraie collection capsule unisexe.

Portez-vous vos créations ?

Oui assez souvent. Pas aujourd’hui mais oui. Au départ je ne les portais pas, ça devait être quelque chose de psychologique que je ne peux pas expliquer. Pour moi il ne fallait pas que j’y touche, j’avais peur de les abîmer parce que je passais du temps dessus. J’ai compris qu’il fallait que je les porte parce que les gens ont envie de me voir dans une de mes pièces.

Considérez-vous votre marque comme éco-responsable ?

Chaque créateur a un créneau. Moi je travaille l’up-cycling. Je ne produis pas de matières pour l’instant, je les recycle. Je fabrique mes créations à Paris donc pas de transport. Le réemploi est assez éco-responsable. C’est important pour moi et c’est une des démarches de base qui fait partie des grands axes. J’aime bien le fait de ne pas avoir le choix, d’être contrainte et de créer
avec ce que je trouve. L’up-cycling peut être contraignant mais je suis en train de trouver une logistique pour continuer à travailler l’up-cycling sans être trop contrainte. Peut-être de faire une petite collection capsule qui ne sera pas upcyclée mais qui sera faite à partir de matières naturelles éco-responsables, labellisées, peut-être fabriquée en France.

Pourquoi avoir choisi AFFAIRES ÉTRANGÈRES pour représenter votre marque ?

Lors de notre rencontre avec Eddy, j’ai aimé son projet. Je trouvais que l’image et l’histoire qu’il racontait à travers AFFAIRES ÉTRANGÈRES, ça résonnait super bien avec Tremblepierre. Le côté mélange de culture, artisanat du monde mais en version luxueux, en version haut de gamme et qualitatif en terme d’image. Ça, ça me plaît, c’est un aspect que j’ai envie de développer à travers la marque. »

Propos recueillis par Apolline PRULHIERE.

Nous avons actualisé les informations concernant l’utilisation de vos données personnelles contenues dans notre Politique de confidentialité et en matière de cookies. Nous utilisons nos propres cookies ainsi que des cookies de tiers pour améliorer votre expérience et nos services en analysant la navigation sur notre site Web. Si vous continuez à naviguer, nous considérons alors que vous acceptez leur utilisation et les informations.

Refuser Accepter